La Suède rompt avec l'accueil inconditionnel : la fin officielle d'un modèle

Deux réformes migratoires entrées en vigueur les 12 et 13 juillet marquent un tournant assumé dans la politique d'accueil suédoise : suppression des titres de séjour permanents pour plusieurs catégori

Deux réformes migratoires entrées en vigueur les 12 et 13 juillet marquent un tournant assumé dans la politique d’accueil suédoise : suppression des titres de séjour permanents pour plusieurs catégories d’étrangers, et possibilité d’expulser un résident au nom de sa « conduite morale ». Un basculement qui clôt plusieurs décennies d’ouverture migratoire.

Deux textes, un même objectif : accélérer les départs

Le calendrier est serré et symbolique. Selon Valeurs actuelles, la première réforme, adoptée le 9 juin par le Parlement suédois, supprime l’accès aux titres de séjour permanents pour plusieurs catégories de personnes, notamment :

  • les étrangers bénéficiant d’une protection internationale ;
  • certains résidents de longue durée ;
  • les proches de ces derniers.

L’objectif affiché par Stockholm est de rapprocher sa législation du niveau minimal de protection imposé par le droit européen, et de réduire mécaniquement l’immigration liée à l’asile.

Le second volet, entré en vigueur le 13 juillet, autorise les services de l’immigration à prendre en compte la « conduite morale » ou le mode de vie d’un étranger lors de l’attribution, du renouvellement ou du retrait d’un titre de séjour. Un permis pourra désormais être refusé ou retiré si son détenteur :

  • ne respecte pas les lois, règlements ou décisions des autorités ;
  • accumule des dettes importantes ;
  • tire ses revenus d’activités jugées malhonnêtes (travail dissimulé, fraude fiscale ou sociale) ;
  • entretient des liens avec des organisations extrémistes ;
  • refuse de manière persistante de payer ses dettes.

Fait notable souligné par Valeurs actuelles : une condamnation pour crime grave ne sera plus nécessairement indispensable pour remettre en cause le droit au séjour. La réforme pourra s’appliquer à des demandes en cours comme à des titres déjà accordés, sous réserve d’un recours possible devant une juridiction spécialisée.

Le ministre de la Migration Johan Forssell a résumé la philosophie du texte en des termes sans ambiguïté :

« Celui qui ne fait pas l’effort de bien agir ne doit pas pouvoir compter sur le fait de rester. »

Selon Courrier international, le Parlement suédois a adopté dès le 15 juin un texte complémentaire obligeant certains fonctionnaires à dénoncer les étrangers qu’ils soupçonnent de séjourner illégalement sur le territoire - un dispositif qui étend le durcissement au-delà du seul droit des étrangers, vers l’administration ordinaire.

Une rupture avec des décennies d’ouverture

Ce virage ne peut se lire sans le rappel d’une trajectoire longue. D’après The Conversation, la Suède a historiquement mené une politique migratoire dite « généreuse », fondée sur l’accueil de nombreux demandeurs d’asile. Dès 1975, la politique d’assimilation est explicitement remplacée par une approche multiculturelle censée respecter l’identité de l’immigré. Dans les années 1980, le pays accueille des populations fuyant le Chili, le Liban ou l’ex-Yougoslavie, devenant un véritable « centre de gravité » pour de nombreuses communautés.

Cette générosité s’est accompagnée d’une transformation démographique documentée par la Fondapol dans une étude du chercheur Tino Sanandaji : en l’espace de vingt ans, la part de la population non occidentale en Suède est passée de 2 % à 15 % de la population totale - une progression que l’étude qualifie de « sans précédent dans l’histoire » du pays.

« La Suède a longtemps été un pays homogène et c’est seulement récemment que l’immigration massive a modifié sensiblement sa composition démographique », note l’étude Fondapol.

The Conversation situe le point de bascule à la fin des années 1990 : c’est à cette période, marquée par une crise du logement et un marché du travail stagnant malgré l’arrivée de nombreux réfugiés, qu’un discours jusque-là marginal sur l’immigration commence à trouver une légitimité politique, favorisant selon la même source le développement de groupuscules d’extrême droite.

Un poste-frontière suédois isolé sous un ciel nordique gris, drapeau suédois flottant près d'une guérite de contrôle vide.

Un consensus politique sous pression

Les réformes de juillet ne sortent donc pas de nulle part : elles s’inscrivent dans une surenchère de rigueur que The Conversation attribue directement à la montée électorale de l’extrême droite suédoise. Le modèle social-démocrate, longtemps érigé en référence pour l’Europe entière - la source rappelle qu’il a pu inspirer jusqu’au débat français sur les réformes du travail - se trouve désormais contraint de revoir l’un de ses piliers historiques : l’ouverture migratoire comme composante de l’identité nationale.

L’adoption des textes le 9 juin puis le 15 juin par le Parlement, suivie de leur entrée en vigueur les 12 et 13 juillet, dessine une séquence législative rapide, révélatrice d’une volonté politique assumée plutôt que d’un ajustement technique mineur.

Ce que dit ce tournant de la crise du multiculturalisme scandinave

Le cas suédois est souvent présenté comme un laboratoire du multiculturalisme européen : approche assimilationniste abandonnée en 1975, politique d’accueil parmi les plus généreuses du continent, État providence redistributif construit sur un dialogue tripartite entre État, syndicats et employeurs, selon la description qu’en fait The Conversation.

Le fait que ce pays, longtemps référence en matière d’hospitalité, en vienne à légiférer sur la « conduite morale » des résidents étrangers et à restreindre l’accès à la résidence permanente signale un changement de paradigme qui dépasse ses frontières. Il interroge la soutenabilité, à long terme, d’un modèle d’accueil déconnecté des capacités d’intégration réelles d’une société - question que l’étude de la Fondapol posait déjà en 2018 en évoquant l’apparition de « nouvelles formes de criminalité favorisées par le développement de zones d’exclusion sociale ».

Un précédent scandinave pour l’Europe ?

La Suède n’est pas un cas isolé sur le continent : plusieurs capitales européennes observent avec attention ce durcissement, dans un contexte où la question migratoire structure de plus en plus les recompositions politiques nationales. Reste à savoir si ce tournant suédois restera une exception scandinave ou s’il préfigure une réorientation plus large des politiques d’asile en Europe de l’Ouest - un débat que les prochaines échéances électorales, en Suède comme ailleurs, ne manqueront pas de raviver.

Sources

  1. valeursactuelles.com
  2. facebook.com
  3. theconversation.com
  4. fondapol.org
  5. facebook.com

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