Souveraineté énergétique ultramarine : l'angle mort de la politique française

Le taux d'indépendance énergétique national atteint 61 %, mais les bilans officiels ignorent les réseaux insulaires ultramarins, dépendants des hydrocarbures importés.

Alors que Paris multiplie les éléments de langage sur la reconquête de sa souveraineté énergétique, les territoires ultramarins — pourtant vitrines de la présence française dans l’Indo-Pacifique et les Caraïbes — restent largement absents des grands bilans nationaux et des priorités d’investissement.

Un point aveugle dans les statistiques nationales

Le constat frappe d’abord par son silence. Les grands documents de référence produits par l’État — le Bilan énergétique de la France, publié chaque année par le service statistique du ministère de la Transition écologique — raisonnent presque exclusivement à l’échelle du territoire métropolitain interconnecté. Les données agrégées sur la production, la consommation ou le taux d’indépendance énergétique concernent le réseau national continental, non les systèmes électriques insulaires et isolés des Antilles, de La Réunion, de la Guyane ou de la Polynésie.

Cette invisibilité statistique n’est pas anodine : elle traduit, selon une tribune publiée dans Valeurs Actuelles, un défi « méconnu » de la politique énergétique française — celui de territoires structurellement plus vulnérables, mais traités comme une simple annexe des arbitrages hexagonaux.

Un mix métropolitain en reconquête, des outre-mer hors champ

Les chiffres publiés pour la métropole illustrent, par contraste, l’ampleur de l’effort engagé sur le territoire continental. En 2025, la production d’énergie primaire française progresse de 2,0 %, portée par une meilleure disponibilité du parc nucléaire et la montée en puissance du photovoltaïque. Les importations nettes d’énergie reculent de 3,5 % sur l’année, après un repli déjà spectaculaire de 20,6 % entre 2022 et 2024 ; les importations nettes de produits pétroliers raffinés chutent même de 24,5 % en un an, dans un contexte de reprise du raffinage national.

La facture énergétique du pays s’en trouve allégée : elle diminue de 21 % entre 2024 et 2025, pour s’établir à 45,8 milliards d’euros. Un an plus tôt, le bilan 2024 faisait déjà état d’une progression de 10,2 % de la production primaire, tirée par une hausse de 12,5 % de la production nucléaire, portant le taux d’indépendance énergétique national à 61 %.

Ces performances, réelles, concernent un système électrique interconnecté et largement décarboné grâce au nucléaire. Rien de comparable n’existe, dans les publications officielles consultées, pour les réseaux non interconnectés des outre-mer — qui reposent structurellement sur des importations d’hydrocarbures acheminées par voie maritime, sans le filet de sécurité que constitue le parc nucléaire hexagonal.

Investissement et R&D : une concentration métropolitaine

L’effort budgétaire de l’État en matière énergétique suit la même géographie. Les investissements publics dans la R&D énergétique atteignent 2,2 milliards d’euros en 2024, soit 0,1 % du PIB national — en hausse de 6 % par rapport à 2023 et de 43 % par rapport à 2019. Ces montants, en progression continue, plaçent la France au quatrième rang européen en part du PIB consacrée à la R&D publique en énergie.

Mais cet effort, selon les mêmes données, se concentre sur :

  • les grands projets nucléaires et hydrogène, dans le cadre de programmes européens ;
  • les filières industrielles de production sur le sol métropolitain ;
  • des infrastructures pensées pour des durées de vie de plusieurs décennies.

Le Shift Project rappelle d’ailleurs, dans sa méthode de souveraineté énergétique, l’importance de raisonner sur le temps long des infrastructures :

« Un texte efficace doit inclure des objectifs liés aux énergies hors électricité […], et à la prise en compte des durées de vie à 60 ans ou plus des infrastructures énergétiques », souligne The Shift Project.

Cette exigence de programmation longue s’applique, en toute logique, aux territoires ultramarins autant qu’à la métropole — mais aucun des documents consultés ne mentionne d’objectif chiffré ou de trajectoire d’investissement spécifique pour ces systèmes insulaires.

Une centrale électrique isolée sur une côte tropicale, entourée de palmiers, face à l'océan.

Une façade maritime stratégique, une dépendance non documentée

L’Indo-Pacifique et les Caraïbes constituent pourtant, pour la diplomatie française, des zones de projection stratég

Sources

  1. valeursactuelles.com
  2. theshiftproject.org
  3. statistiques.developpement-durable.gouv.fr

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