Crépol : le silence assourdissant de SOS Racisme face à un crime enfin qualifié de raciste

Trois ans après le meurtre de Thomas Perotto à Crépol, la justice retient enfin la circonstance raciste. SOS Racisme, elle, n'a publié aucun communiqué.

Trois ans après le meurtre de Thomas Perotto à Crépol, la justice a fini par reconnaître ce que seize témoins avaient rapporté dès le premier jour : le caractère raciste de l’agression. Face à cette reconnaissance tardive, les structures antiracistes institutionnelles, elles, n’ont rien à dire.

Une qualification arrachée, pas offerte

Il aura fallu près de trois années d’instruction pour que les juges reconnaissent officiellement la dimension raciste du meurtre de Thomas Perotto, survenu à Crépol. Selon les informations rapportées par Valeurs actuelles, seize témoignages faisaient état d’insultes et de menaces à caractère raciste au moment des faits. Ce n’est que le 20 juillet que la circonstance aggravante a finalement été retenue — et non spontanément par les magistrats.

Le mécanisme judiciaire mérite d’être détaillé :

  • ni le parquet, lors de l’enquête de flagrance, n’a jugé utile de retenir cette qualification ;
  • ni les juges d’instruction, au moment de la clôture de l’information judiciaire en mai, ne l’avaient intégrée ;
  • il aura fallu l’insistance des avocats des parties civiles pour obtenir ce revirement, malgré des témoignages jugés concordants.

Selon BFMTV, la circonstance aggravante retenue vise explicitement une attaque motivée par l’appartenance à la « race blanche » et à la nation française — une qualification pénale rare, dont la seule occurrence suffit à mesurer la gravité des faits constatés par l’institution judiciaire elle-même.

Le silence organisé de SOS Racisme

Sur ce dossier, l’absence est éloquente. Aucune association antiraciste de premier plan n’a annoncé de constitution de partie civile. SOS Racisme, dont c’est pourtant la vocation statutaire, n’a publié aucun communiqué depuis la décision des magistrats et n’a engagé aucune démarche judiciaire, selon les constats de Valeurs actuelles.

La seule prise de parole de l’association est venue de son président, Dominique Sopo, mais pas dans le sens qu’on aurait pu attendre. Interrogé par Mediapart, il a choisi de contester la notion même de racisme anti-Blancs plutôt que de saluer la reconnaissance judiciaire des faits. Sa position, telle que rapportée, tient en une formule :

« C’est une notion qui vient de l’extrême droite, et qui n’a aucune réalité statistique. »

Une déclaration qui intervient alors même que la justice — et non un think tank militant — vient de qualifier juridiquement les faits en ce sens.

Une hiérarchisation implicite des victimes

Ce silence institutionnel interroge sur la manière dont les corps intermédiaires antiracistes construisent leur grille de lecture des crimes. Que la circonstance aggravante de racisme soit retenue contre des victimes désignées comme appartenant à la majorité ethnique du pays semble déplacer le dossier hors du périmètre d’intervention naturel de ces structures — alors que le même type de mobilisation aurait, dans une configuration inverse, généré communiqués, tribunes et constitutions de partie civile.

Le traitement médiatique suit une ligne similaire. L’Humanité choisit ainsi d’interroger « ce que la qualification dit — et ne dit pas — du racisme en France », plutôt que de traiter la reconnaissance judiciaire comme un fait acquis appelant une mobilisation classique. Un article de Valeurs actuelles constate d’ailleurs un clivage politique net dans les réactions : la droite se réjouit de la reconnaissance judiciaire, la gauche reste silencieuse.

Ce déséquilibre révèle une logique implicite :

  • certaines victimes bénéficient d’une mobilisation associative et médiatique quasi automatique ;
  • d’autres, dans des circonstances pourtant qualifiées juridiquement de manière identique, ne suscitent ni communiqué ni tribune ;
  • la réaction des structures militantes semble davantage dictée par l’identité de la victime que par la nature du crime.

Ce que cela coûte à la confiance publique

Ce type de silence n’est pas neutre pour les institutions concernées. Lorsque des structures subventionnées, dont la mission affichée est de combattre toute forme de racisme sans distinction, se dérobent face à une qualification judiciaire qu’elles n’ont pas elles-mêmes obtenue, c’est la cohérence de leur mandat qui se trouve questionnée.

Une petite place de village française, la nuit, éclairée par des lampadaires, avec des rubans de sécurité de la police entourant une zone silencieuse et déserte.

Le décalage entre le constat judiciaire — établi après trois ans d’instruction et sur la base de seize témoignages — et l’absence de réaction associative alimente un sentiment plus large : celui d’une justice qui avance, laborieusement, quand les relais militants, eux, choisissent leurs combats selon des critères qui échappent à la seule réalité des faits.

Reste une question qui dépasse le seul dossier Crépol : celle de savoir si les structures financées pour incarner la lutte contre le racisme sont encore en mesure de remplir cette mission lorsque la victime ne correspond pas au récit qu’elles ont bâti.

Sources

  1. valeursactuelles.com
  2. bfmtv.com
  3. humanite.fr

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